URBEX : La chartreuse Bel Sito

La toute première fois . . .

Nous sommes le 10 mars 2013 et c’est dans une ambiance printanière que je découvre mon premier spot urbex. Nous arrivons sur les lieux dans l’après-midi. Il semblerait que nous soyons seuls. Nous entrons par la maison du gardien après avoir garé la voiture à proximité, sur le bord de la route. Il ne reste pas grand chose de ce bâtiment aux allures agricoles. Seulement des vieilles pierres et des détritus. Pas de portes. Ou bien, celles-ci jonchent le sol en vulgaires amas de bois vermoulu. Plus d’escaliers non plus. Mon camarade, Roux, et sa compagne se hissent à l’étage mais il n’y a rien à voir mis à part une vieille cheminée délabrée. Nous prenons quelques clichés et partons explorer les multiples pavillons en parpaings, inachevés, et recouverts de graffitis.

Nous retrouvons des traces de squat un peu partout et ne préférons pas nous attarder dans certaines pièces sombres, dépourvues de fenêtres. L’odeur est parfois putride.

Dans le bâtiment principal du projet hôtelier non-achevé, le sol est recouvert de briques cassées, de gaines électriques en morceaux et d’un tas d’autres déchets. Je n’en retiendrais que le long couloir graffé, traversant la structure d’un bout à l’autre, qui aurait dû desservir une trentaine de chambres. L’étage sans toiture ne recelait rien non plus d’intéressant.

C’est à ce moment là, qu’après une heure d’exploration, nous touchions enfin à notre but. Cachés derrière des fourrés denses, j’aperçois une piscine qui jadis devait faire des jaloux, et un mur de vieille pierres. En face de nous se dresse la Chartreuse Bel-Sito. L’imposante maison bourgeoise bâtie par Nathaniel Johnson en 1832, autrefois qualifiée de « plus belle demeure du bordelais » par Napoléon III, a aujourd’hui les murs recouverts de végétaux. Là encore, pas de portes ou de fenêtres. Seulement des trous béants dans la roche jaune, patinée par les siècles. Tout semble ouvert aux quatre vents. Nous rentrons à l’intérieur comme on pourrait rentrer dans un moulin…abandonné.

Malheureusement le lieu est en piteux état. Les plafonds s’effondrent presque partout et les planchers semblent ne tenir que par la grâce divine. Nous ne nous attarderons pas dans les premières pièces, pourtant magnifiques, pour des raisons de sécurité évidentes. Sur les murs, vitres brisées côtoient graffitis et miroirs en mille morceaux. Dommage.

Toutes les pièces du rez-de-chaussée sont immenses et lumineuses. Malheureusement, cette beauté se trouve entachée par l’état de délabrement du lieu. Cependant, toujours en haleine, nous continuons notre visite, caméra au poing. Mitraillant à tout va. Le contraste offert par les graffitis et l’architecture rend, tout de même, l’endroit extrêmement intéressant d’un point de vue photographique.

Au fil de la visite, nous tombons sur quelques œuvres d’art picturales et sur un vieil escalier en bois massif et travaillé qui ne mènera plus nulle part. Nous arrivons bientôt dans la pièce la plus connue des urbexeurs bordelais, celle qui contient la grande cheminée en marbre gris, ornée d’une inscription sauvage « Trash the dress ». Énigmatique.

Nous trouvons enfin un escalier suffisamment solide pour grimper dans ce qu’il reste du premier étage. Là haut, plusieurs chambres. Pour la plupart le plancher s’est affaissé à l’étage inférieur et il est donc impossible d’y entrer. L’appareil au bout du bras, nous essayons d’en capturer des images. Les immortaliser. Encore quelques déclics avant que ne s’arrête brutalement notre aventure. Deux gendarmes nous ont rejoint à l’étage et nous ont demandé de vider nos sacs à dos, nos poches et de présenter nos papiers. La main sur l’arme. L’œil méfiant.

Ces deux là nous ont raccompagnés tous les trois vers la sortie, non sans nous sermonner grassement à propos des risques que nous encourrions à venir dans ces lieux déserts et dangereux. C’est donc avec frustration que nous regagnons la voiture. Fort heureusement, les gendarmes ne nous ont pas demandé d’effacer nos cartes mémoires. Les photos sont saines et sauves.

Épilogue :

Bel Sito reste l’une des friches les plus connues des pratiquants de l’urbex dans la région bordelaise et présente un certain potentiel photographique. Malheureusement il ne reste pas grand chose du magnifique manoir qui devait autrefois abriter un très beau mobilier. De plus, le terrain attenant est bien connu des squatteurs et très facile d’accès, ce qui peut le rendre dangereux. Je ne sais pas quel sera l’avenir de ce site, malgré le projet de rénovation lancé en 2014. Je doute qu’ils arrivent à tirer grand chose de la chartreuse, bien trop pillée et en ruines.

Peut être que j’y retournerai pour voir si l’état est toujours plus décrépit ou s’il s’est amélioré. Mais, jusqu’à présent, ce n’est pas encore arrivé.

 

Les photos de l’exploration . . .

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